REBÂTIR LE QUÉBEC DU TROISIÈME MILLÉNAIRE AVEC DE GRANDES FAMILLES FORTES ET UNIES

Manifeste du Parti matriarchiste, pour l’établissement d’une matriarchie moderne au Québec

par André Pilon1

18 janvier 2016 (Version 2.13) aussi disponible en pdf

Sommaire

Vivre en matriarchie pourra nous permettre d’éviter ces catastrophes

Les TIC et la 3 révolution industrielle constituent des alliées de la matriarchie

Voter avec sagesse, conscience et bienveillance

De grandes familles québécoises fortes et unies

La famille matrilocale pour affronter les défis du 3ième millénaire

Une économie du partage et du don

Conclusion

 

Le monde que nous laisserons à nos enfants est particulièrement angoissant. Contrairement à nos grands-parents et arrières grands-parents, nous sommes loin de pouvoir croire offrir à nos petits-enfants un monde meilleur. En fait, c'est pour l’instant plutôt le contraire qui s'offre à nos yeux et à notre conscience. Si des changements majeurs et profonds dans notre façon de vivre ne se concrétisent pas dans un avenir très proche, ce qui est malheureusement de moins en moins vraisemblable, notre monde est voué à subir des catastrophes majeures.

La croissance ininterrompue, habilement camouflée dans l’ombre du développement durable2, continue de faire des ravages. Nous nous dirigeons tout droit vers des crises dont l’ampleur pourrait être sans précédent. La seule inconnue étant de savoir si celles-ci seront d’abord économiques, sociales3 ou environnementales4. L’horloge de la fin du monde (Doomsdays Clock) indique depuis le 22 janvier 2015 qu’il est minuit moins 3! Il s’agit de l’avertissement le plus sévère de cet outil de la communauté scientifique internationale, depuis qu’il tient compte de la menace des changements climatiques. Notre civilisation est-elle vraiment condamnée à s’effondrer d’ici quelques décennies, faute de mieux que le «moins mauvais des systèmes politiques» tel que le qualifiait Winston Churchill?

Depuis plusieurs années, les constats de l’impasse dans laquelle nous nous trouvons se multiplient. Parfois on mentionne timidement le fait que nous sommes bel et bien entrés dans un siècle nouveau. L’expression «digne du XXIe siècle» est évoquée parfois, pour appuyer le fait que nous méritons mieux, beaucoup mieux. En fait, la situation actuelle nous force à nous poser cette question existentielle : Est-ce que notre civilisation sera en mesure de survivre au XXIe siècle? Ou plus invraisemblable encore, d’entamer sereinement ce 3ième millénaire, qui semblait pourtant plein de promesses, il y a à peine quelques décennies?

Vivre en matriarchie pourra nous permettre d’éviter ces catastrophes

Occulté depuis des siècles, il existe pourtant bel et bien cet autre système civilisé qui pourrait nous épargner ce désastre. Il s’agit de la matriarchie. Les recherches modernes sur les matriarchies, menées par exemple par la philosophe Heide Göttner-Abendroth5 ont permis de clarifier ce dont il s’agit concrètement. Et les résultats de ces recherches sont véritablement inspirants et encourageants.
Bien sûr, ces travaux et ce nouveau paradigme sont encore largement ignorés et dénigrés6. Il existe même une croyance assez répandue que nous vivons déjà depuis longtemps dans une forme de matriarcat familial au Québec. Cela explique d’ailleurs pourquoi nous préférons utiliser l’expression «matriarchie» dans ce manifeste. Le supposé matriarcat familial québécois qu’évoquent certains, même s’il existait réellement, a très peu à voir avec le système politique, social et économique équilibré que l’on retrouve dans les matriarchies.
En fait, malgré tous les gains réalisés pour parvenir à une certaine forme d’égalité entre hommes et femmes au Québec, nous vivons toujours au sein d’une société fondamentalement patriarcale. La situation des femmes au Québec a connu une évolution fulgurante au cours du dernier demi-siècle. En quelques décennies à peine, nous sommes passés de figure emblématique d’un patriarcat catholique particulièrement oppressant pour les femmes, à un des endroits au monde où l’émancipation des femmes est enviée7. D’un point de vue «matriarchiste», on pourrait ainsi résumer la situation actuelle en disant que : les femmes québécoises ont déjà amplement démontré qu’elles pourraient éventuellement parvenir à être l’égal des hommes, dans ce monde qui a été conçu et pensé pour et par des hommes.
Dans une matriarchie toutefois, le monde n’est pas conçu pour et par des femmes. C’est le premier mythe qu’il est essentiel de déboulonner. Et qui est à l’origine de beaucoup de confusion. L’étymologie du mot comprend le préfixe latin «Mater» (la mère) et le suffixe grec «Arkhè», tous les deux biens connus. Mais «Arkhè» n’est pas utilisé ici dans le sens de commandement, de pouvoir dominant ou d’autorité. Il s’agit plutôt de «Arkhè» dans son sens plus élargi d’origine ou de fondement8.

La matriarchie est ainsi une société qui reconnaît les mères comme en étant la base, l’élément fondateur et central. Il ne s’agit pas du tout d’une société qui serait «dominée» par les mères. La recherche conventionnelle s’est ainsi appliquée à chercher une civilisation où les mères, et par extension les femmes, se seraient retrouvées en position dominante par rapport aux hommes. L’existence de ce genre de matriarchie est effectivement difficile à démontrer.

Par contre, l’existence de civilisations où les mères jouent un rôle central (pas seulement limité à la sphère familiale) est très bien documentée. Dans ces sociétés, les hommes conservent le plus souvent un rôle politique important. Cela démontre simplement qu'il s'agit de sociétés en équilibre9. Le fait de leur donner le statut de matriarchie, nous permet de les considérer comme un autre système politique, social et économique bien organisé. Nous nous en sommes inspirés pour la rédaction de ce manifeste.

Prenons d’abord une des plus célèbres matriarchies, celle des iroquois. La constitution de la confédération iroquoise a été minutieusement retranscrite par les fondateurs des États-Unis, afin de pouvoir s’en inspirer. L’article 44 est sans ambiguïté quant au rôle central donné aux mères :

44. La descendance du peuple des Cinq nations se fera par la lignée maternelle. Les femmes sont les progénitrices de la nation. Elles sont propriétaires de la terre et du sol. Les hommes et les femmes ont un statut inférieur à celui de mère. 10(traduction libre)

Au fond, il est regrettable que l’organisation sociale équilibrée des iroquois n’ait pas traversé les barrières de la culture et du temps, si près de nous. Au cours de son histoire, la nation québécoise s’est en effet souvent rapprochée des nations amérindiennes. Le métissage de nos deux cultures a fait partie d’une réalité bien concrète il n’y a pas si longtemps. Par exemple, les origines francophones de la nation Métis sont indéniables. Et plusieurs d’entre nous mentionnons avec fierté avoir du sang «indien» qui coule dans nos veines!

Les matriarchies étaient fréquentes parmi les sociétés autochtones d’Amérique du Nord. Les travaux visant à rétablir leur statut de matriarchies authentiques sont une source précieuse d’inspiration pour aider à établir une matriarchie moderne au Québec. Barbara Alice Mann, fière descendante de la matriarchie iroquoise, est une des figures de proues de ce mouvement. Ses travaux ont par exemple permis de dater à l’an 1142, l’établissement de la confédération iroquoise. Cela situe la confédération iroquoise parmi les plus anciennes démocraties encore vivantes, avec les cantons de Suisse et le gouvernement de l’Islande.11 Mais qualifier la nation iroquoise de démocratie est certainement discutable. Sans contredire directement cette affirmation, Barbara Alice Mann évalue que l’idée de répartir également le pouvoir politique à toute la population est «une recette pour le désastre».12 Nous proposerons d’ailleurs plus loin un nouveau système politique plus conforme à ce que nous inspirent les matriarchies.

Une définition plus réaliste des matriarchies permet également de considérer plusieurs matriarchies qui existent toujours aujourd’hui, comme celle des Moso (aussi connus comme les Mosuo), des Khasi et des Minangkabau, en Asie. Ces deux dernières sociétés regroupent des populations qui se comptent par millions. Les Moso ont été choisis en tant que communauté modèle par l’Institut international du développement durable (IIDD ou IISD en anglais), dans le cadre du cinquantenaire de l’ONU, en 1995.

Le comité responsable du choix des 50 communautés modèles était coprésidé par Pierre-Marc Jonhson13. Dans son communiqué, l’IIDD indique que l’organisation matriarcale des Moso leur a permis de maintenir une répartition équitable de la richesse et des ressources depuis 2000 ans14. L’IIDD indique aussi clairement que le choix des Moso en tant que communauté modèle vise à inspirer des changements ailleurs dans le monde.

Contrairement à ce que croient encore plusieurs membres de la communauté scientifique, il faut donc considérer ces sociétés comme des exemples desquels nous pouvons tirer de grandes leçons. Il y a effectivement là de quoi s’inspirer grandement, nous qui sommes bien loin de pouvoir se qualifier de modèle d’équité, au niveau de la répartition de la richesse et des ressources.

Plus globalement, les matriarchies sont des civilisations qui reposent sur un modèle en forme de cycle, inspiré par la vie naturelle. Les mères sont identifiées comme en étant l’origine et on leur voue le plus grand respect. Les habiletés naturelles liées à la maternité sont aussi célébrées. On y réserve pour les mères des rôles fondamentaux dans l’organisation et le fonctionnement de ces sociétés. En s’assurant que les instances décisionnelles soient toujours soumises à la règle du consensus, on prévient les situations où un groupe pourrait se constituer en position dominante.

Nous avons ainsi devant nous une alternative crédible, viable et éprouvée à opposer à notre démocratie patriarcale capitaliste en délire. Les matriarchies basées sur des cycles plutôt que sur la pyramide de croissance du patriarcat, offrent l’avantage fondamental de pouvoir durer pratiquement indéfiniment.

 

Les TIC et la 3ième révolution industrielle constituent des alliées de la matriarchie

Étonnamment, nous pouvons retrouver des sources d’inspiration «matriarchiste» dans l’évolution récente du monde des technologies de l’information et de la communication (TIC). Les TIC constituent les alliées inattendues d’un mouvement vers la matriarchie, car en plus d’offrir des outils incomparables qui en faciliteront certainement la mise en place, elles en incarnent assez brillamment quelques principes fondamentaux. En effet, les matriarchies sont des civilisations où le partage et l’altruisme sont des vecteurs omniprésents, deux caractéristiques que l’Internet incarne aussi de manière éloquente.

Par ailleurs, les décisions prises par consensus sont un élément fondamental des matriarchies. Et les règles étoffées de décision consensuelle, mises de l’avant par une organisation comme Wikipédia par exemple, rendent aujourd’hui cette forme de résolution de conflit éminemment crédible. Sans oublier que la grande popularité des logiciels libres («Open Source»), qui a suivi la vague lancée par Linux, constitue une belle représentation du donarisme, l’économie du partage et du don des matriarchies («Gift Economy»).

Cette vague révolutionnaire catalysée par les TIC et l’internet s’étend progressivement à d’autres secteurs de l’économie. Nous assistons en fait à l’émergence d’une 3ième révolution industrielle15. S’apparentant à ce que nous a présenté le secteur du logiciel au cours du dernier demi-siècle, celle-ci ramène progressivement l’organisation de la production des biens manufacturés plus près des communautés.

La Troisième révolution industrielle (TRI) est un paradigme qui est en train d'émerger. Un des leaders de cette vision est Jeremy Rifkin. Les deux premières révolutions industrielles (RI) ont vu se réorganiser nos modes de production en empruntant des modèles fortement hiérarchisés. Ceux-ci ont permis aux organisations de profiter des avancées au niveau des sources d'énergie et des outils de communication.

D'abord, la première R.I. s'est appuyée sur le charbon et la machine à vapeur, ainsi que sur la presse à imprimer. On a alors vu éclore de multiples entreprises commerciales et industrielles de dimensions encore jamais vues. Puis le début de la deuxième R.I. chevaucha l'apogée de la première, alors que le pétrole et l'électricité remplacèrent rapidement le charbon, comme principales sources d'énergie. Parallèlement, le téléphone, suivi de la radio et de la télévision, sont venus accélérer et magnifier les possibilités de communication. Des compagnies par actions d'envergure nationale ont vu le jour, bouleversant encore davantage l'organisation de nos sociétés.

Au cours des dernières décennies, l’avènement d’outils informatiques très abordables a éventuellement permis l’éclosion du monde du logiciel libre, où la collaboration et le partage sont des éléments fondamentaux. De la même façon, l’arrivée d’outils numériques de fabrication, et de production locale d’énergie à des prix accessibles, entraîne le développement d’un monde du matériel libre («Open Source Hardware»).

Au niveau de la production d'énergie locale à l'aide capteurs solaires par exemple, la capacité de ceux-ci par rapport à leur coût, semble suivre les mêmes tendances que ce que nous avons vécu avec les ordinateurs16. L’initiative des «Fab Lab», un réseau de laboratoires de fabrication numérisés tout-usage destinés à la communauté, lancée par le M.I.T. («Massachusetts Institute of Technology»)à la fin des années 90, constitue certainement une des représentations actuelles les plus concrètes de ce que nous annonce la TRI17.
L’émergence de cette 3ième révolution industrielle est cependant freinée par l’organisation hiérarchique de notre société18. D’un côté, la richesse et les moyens de production se sont progressivement concentrés au sein de très grandes organisations contrôlées par un petit groupe de personnes. De l’autre côté, ce processus a atomisé notre collectivité en individualisant et en disséminant les citoyens dans leur rôle de travailleurs et de consommateurs. Les rapports sociaux entre les membres de nos communautés sont aujourd’hui pratiquement inexistants.

La TRI a plutôt besoin de pouvoir compter sur un réseau fiable de points d’accès, catalysant les ressources locales de production d’énergie et de fabrication pour le bénéfice de petits groupes d’individus, reliés entre eux. En misant sur l’interaction de grandes familles matrilocales fortes et unies, la matriarchie va justement restaurer cette dynamique communautaire favorisant les liens entre les citoyens. Cela permettra au Québec de devenir un des leaders mondiaux de cette 3ième révolution industrielle.

Mais passez de notre patriarcat capitaliste à une matriarchie moderne ne représentera pas une simple évolution de notre mode de vie. Replacer la maternité au centre des valeurs de notre société, après des siècles voire des millénaires de dénigrement, bouleversera tout le reste de notre système de valeurs. Pour nous toutes et tous ici au Québec, qui baignons dans un patriarcat omniprésent depuis des générations, c’est même carrément difficile à imaginer.
 

À terme, il faut plutôt envisager une véritable révolution, que l’on peut heureusement entrevoir pacifique et progressive. Notre façon de vivre nous mènera immanquablement vers des épisodes sociaux douloureux, dans un avenir de plus en plus rapproché. Nous ne pourrons éviter ces tragédies sans opérer des changements radicaux jusque dans nos croyances les plus fondamentales.

Par exemple, est-ce que la démocratie telle que nous la vénérons, sera en mesure de nous permettre de faire face aux défis qui se posent devant nous? Pour nous, la réponse à cette question est non. Et nous désirons proposer une alternative crédible et viable à long terme.

Voter avec sagesse, conscience et bienveillance

Certains éléments constituants des matriarchies peuvent ainsi s’intégrer assez directement à notre société. Par exemple, une étude approfondie des matriarchies les plus connues permet de réaliser que le respect que l’on porte à la maternité se traduit en général par un rôle fondamental des mères au niveau politique. Le principe vise à compenser la responsabilité que doivent prendre les femmes qui deviennent mères en leur attribuant le droit exclusif de choisir les personnes qui agiront comme représentants politiques de l’ensemble de la communauté19. Il existe habituellement une assemblée de matriarches, dont un des rôles est de choisir les délégués politiques, en consensus évidemment.

Cela n’est en principe pas très éloigné du fonctionnement électoral de notre démocratie à suffrage universel. Il s’agirait en fait de simplement limiter le droit de vote aux matriarches. Et dans notre société, il suffirait d’accorder d’office le rôle de matriarche à toutes nos grands-mères. C’est-à-dire que dans les faits, à la prochaine élection (ou consultation populaire) et à toutes les suivantes (à moins qu’il en soit décidé autrement par elles), seules nos grands-mères auraient droit de vote.

Les impacts d’un tel changement seront sans aucun doute très nombreux. Et selon nous, partisans d’une matriarchie québécoise moderne, ils seront assurément bénéfiques à moyen et long terme. Voici le fondement idéologique que nous proposons pour cette idée :

Nous proposons un nouveau mot, l’aviacratie (du latin «Avia» qui signifie grand-mère), afin de représenter cette idée du droit de vote exclusif aux grands-mères. Nous sommes conscients que ce mot constitue une atteinte directe à un des aspects fondamentaux des chartes des droits humains : l’universalité du suffrage et son égalité. Mais lorsque la survie même de notre civilisation est en jeu20, nous croyons légitime de remettre en question un de ses aspects fondamentaux.
Si le premier changement que nous proposons se limite au droit de vote, nous insistons tout de même sur le principe d’identifier nos grands-mères comme étant les plus aptes parmi nous, afin d’établir et de maintenir un système politique équitable et durable pour nous toutes et tous. Confrontée à la survie de la nation iroquoise, Barbara Alice Mann n’hésite pas elle aussi à énoncer clairement ce principe21.

Nous assumons ainsi pleinement les implications de l’aviacratie sur le principe fondamental d’égalité entre tous, dans nos sociétés. Nous croyons que nos grands-mères sont les plus aptes à prendre les meilleures décisions pour notre bien-être à toutes et à tous. Pour l’instant cependant, afin d’assurer une transition rapide et efficace, notre proposition ne vise que le droit de vote, dans notre système politique actuel.  La question à nous poser devient alors : Est-ce que notre société sera mieux servie par un droit de vote réservé aux grands-mères (l’aviacratie), que par un système de suffrage universel (la démocratie)?

À partir du moment où un système crédible peut se poser en alternative à la démocratie, il devient possible de relever les avantages et les inconvénients de chacune des options.

L’aviacratie (le droit de vote aux grands-mères) assure que la presque totalité des personnes détentrices du droit de vote aient un minimum de sagesse, d’expérience de vie et de conscience pour prendre des décisions concernant l’avenir de toute la collectivité22. La démocratie au suffrage universel n’offre aucune garantie à cet égard. En fait, on peut plutôt présumer du contraire pour un grand nombre (sinon une majorité) d’électeurs et d’électrices d’une démocratie23.
Tout au long de son histoire, de grands penseurs de la démocratie avaient d’ailleurs sérieusement mis en doute sa viabilité à long terme24. Ce n’est pas parce que la civilisation communiste s’est effondrée il y a un quart de siècle, que notre système démocratique déficient est soudainement devenu un idéal! C’était le moins mauvais des systèmes politiques. Aujourd’hui nous souhaitons faire de l’aviacratie, avec son droit de vote exclusif aux grands-mères, un bon système politique. Notre société est capable de mettre en place un système viable et satisfaisant à très long terme, pour l’ensemble de la population.

La grande force théorique de la démocratie est de distribuer le pouvoir politique également à tous, sans aucune distinction. À l’époque des monarchies, il s’agissait d’un gain immense. Aux prises avec un pouvoir politique totalitaire ou théocratique, c’est un progrès indéniable pour plusieurs peuples encore de nos jours.

On peut toutefois légitimement se demander si aujourd’hui, il s’agit toujours de la meilleure option pour un peuple comme le nôtre. Pourquoi le plus bête d’entre nous détiendrait-il le même pouvoir que le plus sage? Parce que c’est le moins mauvais des systèmes politiques? Est-ce que les antagonismes qui s’exacerbent sur la place publique de notre démocratie, sont de nature à nous aider à faire face aux défis qui se dressent devant nous, en ce début de 3ième millénaire?

Bien sûr, l’aviacratie présente le risque théorique de voir les grands-mères se poser en groupe menaçant ou dominant. Cela n’est jamais arrivé dans aucune matriarchie connue. Dans une matriarchie moderne, comme dans toutes les matriarchies qui existent ou qui ont existé, les grands-mères vont plutôt naturellement faire preuve de bienveillance en s’assurant que les décisions soient prises en consensus25. Elles consulteront les leurs et prendront soin de tenir compte des opinions et des besoins de chacun et chacune d’entre nous. Leur droit de vote ne servira le plus souvent qu’à exprimer clairement ce consensus.

En ce sens, avec un droit de vote exclusif aux grands-mères, une aviacratie donnera une voix plus équitable à chacun et chacune d’entre nous, que notre démocratie au suffrage universel. Ainsi, la nature consensuelle des débats qui émergeront d’un recentrage politique «aviacratique» vers nos grand-mères, sera plus appropriée pour éviter l’effondrement chaotique de notre civilisation.

Il ne s'agit pas ici de vouloir empêcher qui que ce soit de pouvoir intervenir pour faire valoir son point de vue. Il s'agit plutôt de reconnaître que donner un pouvoir politique équivalent à chacun d'entre nous n'est qu'une façon d'entretenir la confrontation et la division. Et aussi de reconnaître que la maternité apporte naturellement un comportement bienveillant aux mères. Cette habileté liée à la maternité est un grand avantage qui peut être bénéfique pour l'ensemble de la communauté. L'aviacratie vise spécifiquement à nous en faire profiter.

Pendant des décennies on s’est contenté du moins mauvais des systèmes politiques. Combien de bonnes idées, qui auraient pu bien servir l’ensemble de la population, ne se sont pas réalisées en raison des faiblesses de ce système politique déficient? Combien d’entre elles auraient pu convaincre la population rassemblée autour de nos grands-mères, par le biais de débats consensuels?

Si vous aviez vraiment une bonne idée, qui pourrait améliorer le sort de notre collectivité, aimeriez-vous mieux tenter de la faire adopter par référendum au sein de notre démocratie à suffrage universel, ou au sein d’une société où nos grands-mères auraient un droit de vote exclusif? Ou alors inversement, est-ce que le fait que vous soyez incapable de convaincre la majorité des électeurs de notre démocratie, signifie vraiment que votre idée est mauvaise? Est-ce que le fait de la voir refuser par un vote exclusif des grands-mères ne donnerait pas plus de poids à ce refus?

Notre démocratie a amplement démontré son incapacité à résoudre les problèmes cruciaux. Par exemple en 1990, il y a eu un vote unanime du parlement d’Ottawa afin d’éliminer la pauvreté chez les enfants avant l’an 2000. Loin de même seulement s’améliorer, la situation s’est détériorée depuis 25 ans26. Ne sommes-nous pas assez riches collectivement? Bien sûr que oui! Est-ce que le parlement du Canada manque de pouvoirs? Absolument pas!
La solution à ce problème est connue depuis longtemps. Chez nous, il y a déjà eu un projet pilote prometteur au Manitoba dans les années 70 («Mincome»27) qui aurait sans aucun doute réglé ce problème une fois pour toutes. Mais ce projet a été abandonné, avant même de pouvoir livrer ses conclusions encourageantes, presque 30 ans plus tard28. Il y fort à parier que si les députés avaient eu à faire face au vote des grands-mères, ce problème aurait effectivement été résolu, tel que l’on s’y était engagé solennellement.

Si notre système politique n’est même pas en mesure de venir à bout d’un problème aussi simple que celui de la pauvreté des enfants, comment pouvons-nous avoir confiance qu’il sera en mesure de solutionner les problèmes de survie collective auxquels nous faisons face?

D’autre part, la question du droit de vote pose la question délicate de l’éligibilité. Au Québec c’est un sujet récurrent à chaque consultation populaire. Qui a droit de vote? Et même on se demande souvent si ce sont seulement les personnes qui détiennent le droit de vote qui ont voté.

Au sein d’une aviacratie, la question de l’éligibilité et du contrôle du vote seraient beaucoup plus simples. Les registres de l’état civil serviraient de base pour décider qui aurait droit de vote. Il y aura bien sûr quelques détails à préciser, par exemple pour les grands-mères immigrantes. Mais le principe général pourrait être le suivant : Seules les mères dont un des enfants a lui-même ou elle-même un enfant, mais dont aucune des filles n’est grand-mère aura droit de vote.

Il ne faut pas oublier que dans une aviacratie, comme le nombre de grands-mères détenant le droit de vote sera beaucoup moins élevé que le nombre d’électeurs d’une démocratie au suffrage universel, les consultations populaires seront beaucoup plus abordables. Et donc, elles pourront éventuellement devenir plus fréquentes. Dès lors, le sentiment de représentativité de nos gouvernements sera renforcé.

Nous proposons d’ailleurs que la nouvelle constitution de notre matriarchie québécoise impose un référendum à toute loi touchant à des sujets reliés aux modes de reproduction et à la sexualité humaine (droit de la famille, avortement, grossesse pour autrui, fécondation in-vitro, prostitution, etc.). De même, conformément à la constitution iroquoise29, toute déclaration de guerre ou tout envoi de troupes armées à l’étranger devra également être d’abord soumis à un référendum.

De grandes familles québécoises fortes et unies

Le plus gros impact de l’instauration d’une matriarchie québécoise moderne et d’une aviacratie révolutionnaire, sera le rétablissement de l’institution de la famille en tant que maillon principal de notre tissu social. La famille a longtemps été une des valeurs sociales les plus importantes au Québec. Elle a probablement joué un grand rôle dans la survie même de notre peuple au niveau culturel. Au cours des dernières décennies toutefois, la famille québécoise en tant qu’institution a connu une détérioration qui la rapproche bien plus de l’agonie, que d’une quelconque résurrection.

On ne peut aussi ignorer le fait que le modèle de la famille nucléaire a été une des assises fondamentales du développement économique récent des sociétés occidentales, surtout en Amérique du Nord. Dans la deuxième moitié du siècle dernier, le modèle de surconsommation nord-américain a trouvé une terre extrêmement fertile en multipliant les foyers unifamiliaux. Il continue même encore sur cette lancée, en profitant aujourd’hui du démantèlement de ces familles au sein de foyers uniparentaux. Mais cette économie basée sur la croissance a atteint aujourd’hui sa limite de viabilité. Il existe heureusement un autre modèle de la famille, qui facilitera la transformation progressive de notre économie.

Les matriarchies présentent un modèle familial éprouvé, assez différent de notre famille traditionnelle, qui a cependant assuré la stabilité de ces sociétés pendant des siècles, voire des millénaires. Il s’agit du modèle familial matrilocal et matrilinéaire. La matrilocalité signifie que le lieu de résidence familial des enfants d’une mère demeure le même que celui de leur mère, pour toute la durée de la vie des individus. La matrilinéarité signifie que les noms, les titres de propriétés ainsi que les héritages sont transmis de mères en filles.

Les familles claniques d’une matriarchie comptent généralement entre 10 et 100 personnes. La famille y constitue un symbole fort auquel les enfants s’identifient toute leur vie. Comme ils habitent tous au même endroit la plus grande partie de leur existence, les liens qui unissent les membres d’une famille durent réellement toute la vie. Il ne faut cependant pas croire que les membres de la famille matrilocale perdent leur liberté ou leur intimité. Au niveau de l’architecture par exemple, une résidence familiale matrilocale typique ressemble à un grand motel, auquel sont greffés plusieurs espaces communautaires.

Chaque adulte possède sa chambre avec une porte extérieure et conserve ainsi son intimité. Chaque membre de la famille profite aussi de la vie communautaire de sa grande famille élargie. Cet élargissement prend forme horizontalement, en vivant au même endroit que ses frères, ses sœurs, ses cousins et ses cousines. Il faut aussi souligner la dimension verticale de la famille matrilocale, car elle regroupe habituellement sous le même toit 4 ou 5 générations.

La différence fondamentale avec notre famille traditionnelle, se situe au niveau du rôle accordé au père biologique des enfants, dans l’univers familial. Dans une matriarchie, être parent n’est pas considéré comme un droit, accordé du fait d’une filiation génétique. Il s’agit plutôt d’une responsabilité qui est d’abord remplie naturellement par la mère de l’enfant. Et cette responsabilité parentale est ensuite partagée au sein de la famille immédiate de la mère de l’enfant. C’est-à-dire que l’on attend aussi de sa grand-mère, de ses tantes et de ses oncles maternels, ainsi que des autres membres de la lignée maternelle, qu’ils jouent un rôle actif quotidien dans l’éducation d’un enfant de la famille. Évidemment, cela est rendu plus simple du fait que ceux-ci habitent la même résidence.

Notre société patriarcale donne depuis des siècles, et particulièrement depuis le dernier siècle, une importance démesurée à la relation père-fils. Le rôle de figure paternelle pour l’enfant peut très bien être la responsabilité d’autres hommes de la famille, sans absolument aucune carence du point de vue de l’enfant. Du point de vue du père biologique, le lien affectif développé avec un enfant dont on prend la responsabilité, est également tout aussi valable et valorisant, quel que soit le lien biologique partagé avec lui30.

Incidemment, le chaos et l’improvisation qui suit généralement la séparation de nos familles nucléaires a justement permis à plusieurs hommes de réaliser ce fait. Beaucoup de québécois savent qu’un homme peut développer une responsabilité affective tout à fait équivalente, avec un enfant dont il n’est pas le père biologique. Dans le cas de la famille matrilocale, même s’il n’est pas direct, le lien sanguin est tout de même présent, puisqu’il s’agit généralement de l’enfant de sa sœur, ou de la fille de sa sœur.

Le père biologique est donc habituellement en retrait de l’univers familial dans une matriarchie. Il ne possède aucun droit sur les enfants dont il est le géniteur. La possibilité pour lui de jouer un rôle important n’est bien sûr pas exclue. On pourrait dire qu’il s’agit plutôt d’un privilège qui lui est accordé s’il le désire et si cela convient, par la mère de l’enfant et par sa famille.

On peut par exemple facilement imaginer que, pour les couples qui s'entendront très bien jusqu'à l'accouchement, le père biologique de l'enfant viennent s'installer dans la famille de la mère, pour l'aider tout en profitant de son congé de paternité. Le jour où la mère ne sera plus à l'aise avec la présence du père dans son environnement familial, ou que celui-ci ne s'y sentira plus à sa place, il devra quitter paisiblement pour par exemple, retourner vivre dans sa famille. Rien ne l'empêchera de s'entendre avec la mère de l'enfant, pour continuer de jouer un rôle qui convient à tous.

Par contre, on s’attend à ce que tout homme soit bien présent et responsable au sein de sa famille matrilocale, en jouant le rôle de figure paternelle pour les enfants de ses sœurs, de ses nièces ou mêmes de ses tantes, selon la composition de sa famille. Ainsi chez les Minangkabau d’Asie du sud-est, un homme s’attire le respect de sa communauté en suivant cette consigne : Élève tes neveux et nièces afin qu’ils deviennent de dignes représentants de ta famille, et assure-toi que ta progéniture ne manque de rien31.
Il est très important de préciser que la famille matrilocale et matrilinéaire offre aux hommes et aux femmes qui la composent une liberté sexuelle totale. Chez les iroquois, l'activité sexuelle était même considérée comme une pratique thérapeutique32. Il s’agit d’un aspect fondamental qui distingue la famille matrilocale de la famille nucléaire. L’expérience des matriarchies montre sans équivoque, que cette liberté constitue un gage de stabilité pour les familles, tout en permettant à ses membres de s’émanciper.
Alors qu’à l’opposé, il est manifeste que faire reposer les assises de la famille québécoise sur le couple de parents, qui sont aussi généralement des partenaires sexuels exclusifs, est plutôt un synonyme de fragilité, d’improvisation, de crises et de tragédies pour les familles. Le mariage, qui constituait autrefois une valeur sûre pour la famille au Québec, a été abandonné par la majorité des jeunes couples, comme cadre légal pour la famille33. Nous croyons qu’il est temps d’offrir une alternative à l’institution du mariage, qui exclue la référence au couple de parents, afin de redonner une assise légale solide et durable aux familles du Québec.

Nous proposons ainsi l’établissement d’un nouveau régime légal de base pour les familles du Québec: le matriage. En voici une définition générale:

Ce régime de matriage reprendra les notions de base du mariage. Ainsi les obligations des membres d’un matriage (c’est-à-dire d’une famille matrilocale) seront pratiquement les mêmes que celles des époux dans le régime actuel:

Nous proposons que le matriage offre l’avantage aux membres de la famille matrilocale de pouvoir fractionner leurs revenus sur l’ensemble des membres de la famille, lors de leurs déclarations de revenus. Le rétablissement récent de cette mesure du fractionnement du revenu des ménages au niveau fédéral, bien que contesté par plusieurs, aura le grand avantage de solidifier les liens économiques au sein des familles matrilocales.

Ce régime de matriage sera le régime par défaut, pour tous. Il est entendu que chaque citoyen aura la possibilité de conclure une autre forme de régime de cohabitation familiale (comme le mariage conjugal ou l'union libre) ou bien sûr, de vivre seul. Une fois la famille matrilocale bien établie dans les mœurs québécoises, la matrilinéarité se mettra en place d'elle-même grâce à la propagation du nom de famille par les mères, et aux transfert des titres de propriétés de génération en génération par la lignée matrilinéaire.

La famille matrilocale pour affronter les défis du 3ième millénaire

Actuellement, la famille telle que connue au Québec est basée sur le modèle nucléaire. Il s’agit d’une forme très réduite de la famille, qui met l’accent sur le père et la mère, ainsi que sur leurs multiples enfants. Ce modèle, dont le mariage est la représentation légale, est aujourd’hui en déroute. Daniel Dagenais l’a démontré avec éloquence dans son ouvrage «La fin de la famille moderne»34 . Dans La famille à l'horizon 2020, Marie Pratte suggère la piste d'une union légale entre frères et sœurs, ou entre un enfant et un parent malade comme alternative au mariage35. Étonnamment, on persiste à limiter à un couple de deux individus le fondement de ces nouvelles formes légales de la famille.

Les déboires actuels de nos familles sont nombreux. Nous nous contenterons ici de relever ses résultats désastreux à travers deux de ses responsabilités sociales les plus importantes:

  1. 1.le renouvellement de la population;  

  2. 2.la satisfaction du besoin primaire d’un environnement stable et sécuritaire pour les enfants, de la naissance à l’âge adulte. 

Au niveau du renouvellement de la population, le rendement de la famille moderne actuelle demeure sous le seuil minimal par environ 25%, depuis une quarantaine d’années36. C’est grave car, pour compenser, nos gouvernements se sont lancés dans une politique d’immigration très mal planifiée.
Une société incapable de se renouveler par elle-même, est de toute évidence sérieusement malade. Et au sein d’une société malade, l’accueil et l’intégration des immigrants ne peut être que problématique37. L'acrimonie des débats entourant le récent projet de charte des valeurs québécoises du gouvernement du Québec, a montré de façon évidente l'ampleur du malaise concernant l'immigration au sein de la population québécoise.
D’autre part, on peut aisément estimer que la majorité de nos familles sont aujourd’hui incapables d’offrir un cadre stable et sécuritaire à nos enfants38, dont un trop grand nombre même seulement pour la durée de la petite enfance. C’est simplement inacceptable et dramatique. La détresse que vivent les familles aux prises avec une séparation du couple de parents est immense. L’impact sur les enfants qui se retrouve au milieu de ces tragédies sont très importants39. Il n’y a aucune raison qui justifie que cette situation perdure.

Plusieurs évoquent de nouveaux modèles contemporains de la famille qui seraient en train d’émerger. Il s’agit d’une lecture complètement biaisée de la réalité. Car en fait la vaste majorité des familles se lancent dans cette aventure en s’établissant d’abord selon le modèle nucléaire. Les solutions improvisées auxquelles adhèrent plus tard les familles ne reflètent que le désarroi et le chaos dans lesquels elles se retrouvent, après la séparation.

 

 

Dans l’histoire humaine, même si on en retrouve plusieurs variantes, il n’existe pratiquement qu’un seul autre modèle viable de la famille. Il s’agit de la famille matrilocale. Ce modèle de la famille est pratiqué par exemple par les Moso (ou Mosuo) de Chine depuis 2000 ans. C’est ce modèle qui est chez eux un gage de stabilité des familles et qui est aussi garant de la grande qualité des relations entre hommes et femmes. Voilà le message que l’IIDD nous a envoyé en choisissant les Moso comme communauté modèle.

Ce que les Moso nous disent c’est que la sexualité et la famille ne font pas bon ménage. La grande instabilité de nos jeunes familles québécoises en est d’ailleurs une preuve éloquente. L’expérience des Moso démontre qu'il est préférable que les relations sexuelles ne relèvent pas du domaine familial. C’est un changement de point de vue radical par rapport au modèle nucléaire traditionnel que l’on pratique au Québec. Mais c’est un modèle dont la viabilité est éprouvée, qui est synonyme de relations harmonieuses et équitables entre hommes et femmes.